PAYSAGES

Marie Maillard

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  • exhibition dates: Jun 2012 - Jul 2012

Marie Maillard fabrique des paysages en usant des techniques mises à sa disposition par l’époque : l’image digitale, l’informatique. La fin du règne de Eastman Kodak qui avait, à la lettre, « formaté » notre vision à la proportion d’une image 2x3 (35mm) pendant plus d’un siècle n’est pas fortuite. L’informatique a fait son œuvre. Ceci tuera cela, disait déjà le poète. Marie Maillard manipule des clichés pour leur donner une forme neuve. D’où ces étirements de l’image qui en constituent le premier caractère. Un procédé, en somme, propre à décaler notre perception. Ce serait peu. Ces paysages se réduisent à des éléments essentiel : de la terre, des ciels, de l’eau. Pas la moindre trace d’un être vivant. Ils sont sans précédents ni références. Rien qui suggère la moindre nostalgie de l’histoire ou même de celle de l’art. Pas de paradis perdu : l’Eve et le serpent pétrifiés du linteau de la cathédrale achèvent leur carrière au musée d’Autun. Pas d’Arcadie dont les bergers de notre temps cultivent des plantes hallucinatoires ou polluent sans vergogne les nappes phréatiques. Pas de banquets des dieux qui hantent à présent les carrés VIP ou s’ébattent dans d’obscurs backrooms. Les paysages de Marie Maillard donnent à voir un monde nettoyé de l’espèce humaine, innocenté peut être, lavé de tout soupçon, hors du temps,. Comme après une apocalypse douce, sans violence ni ruine. Un monde idyllique pour une Eve future. Il faudra bien un jour recommencer de zéro… Regardez les bien, ces paysages, car ils n’existent pas. Ce sont de pures fictions. Regardez les attentivement, car vous ne les verrez jamais. Ni cette brume si légère à l’horizon, ni ces nuées sombres, ni ces forêts si noires, ni ces eaux si pures, ni ce pourpre du couchant devant lequel, dit-on, Gengis Khan lui-même se demandait souvent et en vain où se tenait son moi.